GESTIONNAIRES EN ACTION. Le 29 mai dernier, Statistique Canada révélait que le PIB canadien avait reculé pour un deuxième trimestre consécutif, ce qui correspond à la définition d'une récession technique.
Luc Girard, gestionnaire de portefeuille à Noël, Girard Lehoux, Valeurs mobilières Desjardins, met toutefois les données en perspective. «Oui, le produit intérieur brut réel a reculé de 1 % au quatrième trimestre de 2025 et de 0,1 % au premier trimestre de 2026. Toutefois, lorsqu'on regarde les détails, l'histoire est beaucoup plus nuancée», dit-il.
Il est prématuré de conclure à une véritable récession, puisque la faiblesse n’est pas généralisée à l’ensemble de l’économie. «Or, plus de la moitié des industries canadiennes sont encore en expansion. On a des consommateurs qui continuent de dépenser. On a des entreprises qui continuent d'investir. Donc, à mes yeux, nous ne sommes pas dans une économie en panne, mais plutôt dans une économie qui tourne au ralenti», explique-t-il.
Qu’est-ce qui explique la récession technique?
Luc Girard soutient que le consommateur canadien ne peut pas être pointé du doigt, mais que la faiblesse de l’économie est liée au commerce extérieur.
«Les importations qui ont bondi de 12% au premier trimestre, alors que les exportations ont légèrement diminué, de 0,5%. Cette situation est attribuable à quoi? À une forte hausse des achats d'or, ainsi qu'à un ralentissement de certaines exportations vers les États-Unis, particulièrement dans le secteur automobile. Lorsque vous avez des importations qui augmentent plus rapidement que les exportations, ça soustrait mécaniquement de la croissance économique», raconte-t-il.
Le gestionnaire de portefeuille souligne que, malgré tout, certains indicateurs restent solides, notamment la consommation des ménages qui a progressé de 1,5%, les investissements en machinerie et en matériel qui ont bondi de plus de 10% et les investissements en propriété intellectuelle qui ont progressé de 14%. «On a même le PIB par industrie qui a augmenté de 0,5 %. On est donc loin d'un scénario où tous les moteurs économiques s'arrêtent en même temps», affirme-t-il.
Le S&P/TSX au sommet malgré tout
Malgré le ralentissement économique, l’indice phare de la Bourse de Toronto, le S&P/TSX, a terminé la séance du 4 juin à un sommet historique de plus de 35 200 points et est en hausse de plus de 10% depuis le début de l’année.
Une situation qui peut s’expliquer facilement, selon Luc Girard. «C'est probablement la question la plus importante pour les investisseurs parce que la Bourse et l'économie ne racontent pas toujours la même histoire. L'économie nous décrit ce qui s'est passé récemment. La Bourse, elle, essaie d’anticiper ce qui va se produire dans 6, 12 et même 18 mois. Surtout, le S&P/TSX n'est pas l'économie canadienne», dit-il.
Il souligne que l’indice est concentré à 70% dans trois secteurs, soit 35% dans les financières, 17% dans l’énergie et 18% dans les ressources naturelles.
«Ça explique pourquoi la Bourse peut performer même si l'économie ralentit», précise-t-il, ajoutant que les trois secteurs profitent de vents favorables.
À son avis, même si certains ménages ressentent davantage de pression, les grandes entreprises canadiennes continuent de très bien performer. C'est pourquoi il est selon lui toujours très dangereux de confondre la santé de l'économie avec celle de la Bourse.
Encore un bon moment pour investir?
Luc Girard comprend aussi les investisseurs qui hésitent à miser sur la Bourse alors que les indices sont à des sommets historiques. Il s’empresse cependant de préciser que les indices ont tendance à passer une bonne partie de leur existence proche de leur sommet historique.
«Attendre la prochaine correction, ça semble effectivement logique, mais, dans les faits, cette stratégie fonctionne rarement. La vraie question à se poser, c'est plutôt de savoir si les sociétés qu'on a choisies dans nos portefeuilles vont être encore plus profitables dans 5, 10 ou 15 ans», dit-il.
En ce moment, il soutient que la discipline et la patience sont les deux plus grands alliés des investisseurs à long terme.

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