GESTIONNAIRES EN ACTION. Le titre de CoreWeave (CRWV, 55,60 $US) a touché un creux des 52 dernières semaines le 22 octobre, en raison d’inquiétudes quant à la capacité de l’entreprise de financer sa croissance en bâtissant de nouveaux centres de données.
L’entreprise utilise ses centres de données pour louer de la puissance de calcul aux entreprises qui souhaitent développer des applications d'intelligence artificielle (IA).
Or, le titre a perdu plus de 30% de sa valeur depuis le 12 octobre, principalement à cause de la hausse des taux d’intérêt sur les obligations non garanties de l’entreprise.
«En ce qui concerne CoreWeave, les marchés financiers remettent en question la capacité de l’entreprise de continuer d’investir massivement dans la construction de centres de données pour soutenir la croissance de l’IA. En ce moment, le taux d’intérêt sur les obligations non garanties de l’entreprise est d’environ 15%, ce qui est très élevé», explique Nicolas Vaugeois, vice-président et gestionnaire de portefeuille, revenu fixe mondial, à Fiera Capital.
Selon lui, il est très difficile pour une entreprise de croître et de financer des projets aussi coûteux. «Il faut toutefois faire très attention et ne pas mêler le risque de croissance avec le risque de solvabilité», juge-t-il.
On estime la dette de CoreWeave à environ 35 milliards de dollars américains (G$US), soit l’équivalent de sa capitalisation boursière. «Il va falloir que l’entreprise continue de s’endetter si elle veut répondre à la demande. Elle a toujours la possibilité de revenir au marché pour émettre des titres de dette garantis», estime-t-il.
De telles obligations sont un peu moins risquées pour les prêteurs et commandent donc des taux d’intérêt moins élevés.
Un carnet de commandes bien rempli
Cette demande est bien présente! Le carnet de commandes de CoreWeave atteint 130 G$US, dont 25 G$US se sont ajoutés depuis la fin du second trimestre.
Selon Nicolas Vaugeois, le modèle de CoreWeave fonctionne quand même bien et la société livre des produits de qualité. Il souligne que sa période de recouvrement est de quatre ans, ce qui signifie que chaque centre de données commence à générer des profits à partir de la cinquième année suivant sa construction.
S'ils doivent emprunter 100 G$US à un taux d’intérêt de 15 %, c'est 15 G$US de frais annuels qui vont venir effacer des profits potentiels. «On ne pense pas que CoreWeave soit en faillite. On pense juste qu'ils sont en train de vivre un moment un peu plus difficile, car le marché leur donne du fil à retordre du côté des emprunts», raconte-t-il.
Un risque de décote?
Si la cote de crédit de l’entreprise devait être abaissée, cela ne ferait que confirmer le positionnement des marchés financiers, soutient Nicolas Vaugeois.
«Actuellement, la cote de crédit de CoreWeave est à B. Pourtant, les obligations de société de cette catégorie se négocient en ce moment plus entre 8,5% et 9%. À 15%, celles de CoreWeave se négocient comme des obligations de catégorie CCC (plus basse dans l’échelle de Standard & Poor’s)», dit-il.
La société est aussi pénalisée en raison de son poids important dans les indices d’obligations de sociétés à haut rendement. Les investisseurs qui décident de vendre ces indices se retrouvent donc à pénaliser CoreWeave de manière importante.
Le temps d’acheter au creux?
D’après Nicolas Vaugeois, CoreWeave peut continuer à se négocier à des niveaux plus faibles, ce qui ne signifie pas que l’entreprise se retrouve en situation de risque de solvabilité.
Selon lui, à son niveau actuel, le titre se rapproche d’un creux de vague et commence à être de plus en plus intéressant.


