GESTIONNAIRES EN ACTION. À la Bourse, le plus difficile, c’est de savoir quand vient le bon moment de se départir d’un titre, estime François Rochon, président et gestionnaire de portefeuille à Giverny Capital.
«La décision de vendre un titre, je dirais que ça dépend beaucoup de notre philosophie d'investissement au départ. Il faut un peu que la philosophie de vente soit en ligne avec la philosophie d'achat», estime-t-il.
Il dit regarder divers critères au moment d’ajouter une entreprise en portefeuille, tentant de dénicher celles qui possèdent une valeur intrinsèque supérieure à la moyenne, bénéficient d’avantages concurrentiels durables, d’une bonne équipe de direction et d’un bon bilan tout en ayant de bonnes perspectives de croissance.
«Tant que ça, c'est intact, on va vouloir garder le titre en portefeuille. Je dirais qu'il y a deux choses qui peuvent se produire qui nous inciteraient à vendre. La première, c'est que les belles qualités qu'on admirait dans l'entreprise peuvent changer», explique-t-il.
La seconde chose qu’il aime moins, c’est si une entreprise augmente beaucoup son endettement, soit avec une acquisition ou pour toute autre raison. «Si je deviens moins confortable avec le niveau de la dette, même si les résultats sont bons, je vais parfois préférer vendre. C'est vraiment du cas par cas», explique-t-il.
François Rochon soutient que d’autres éléments peuvent l’inciter à se départir d’un titre est l’émergence d’un concurrent qui possède de meilleures perspectives de croissance. Dans ces circonstances, il peut être avantageux selon lui de vendre le titre avec le moins de potentiel et d’allouer le capital à l’idée la plus prometteuse.
Quand garder un titre : Constellation Software
Quelques titres du portefeuille de Giverny Capital ont connu une année difficile en 2025 et l’éditeur de logiciels Constellation Software (CSU, 2441,27$) est l’un de ceux-là, lui qui valait 5300$ au printemps dernier avant d’amorcer un important repli.
«Je pense que Constellation Software, c'est une très, très bonne entreprise. Il y a deux, trois facteurs qui expliquent la baisse du titre. Une des raisons, ça a été le départ pour des raisons de santé du président Mark Leonard. Toutefois, la raison principale de la baisse du titre, c'est que toutes les sociétés de logiciels ont beaucoup baissé en Bourse par crainte que l'intelligence artificielle vienne affecter durement leur modèle d'affaires», affirme-t-il.
Le titre de Constellation, ces dernières années, se négociait à 30 fois les profits prévus, alors que ce ratio a chuté à 15 fois. «Pourtant, les résultats de 2025 ont été très bons. Le bénéfice par action ajusté a progressé d'à peu près 20%. Il n'y a donc pas de raison de croire, que les fondamentaux de l’entreprise ont changé», juge-t-il, estimant que le recul du titre est exagéré.
Quand garder un titre : Five Below
Un autre titre que Giverny Capital a choisi de garder en portefeuille malgré une période tumultueuse est celui du détaillant d'articles à 5 $ et moins Five Below (235,39$US). Le titre a chuté jusqu'à un peu moins de 55 $US avant de rebondir fortement pour dépasser 230$US.
Dans ce cas, la patience des actionnaires a été récompensée.
La patience a été récompensée dans ce cas. «On a acheté le titre la première fois durant la pandémie, donc en mars 2020. Je pense qu'on avait payé 70$US à l'époque. Les années 2020, 2021 et 2022 ont bien été, sauf que 2024 a été très difficile. Les profits ont baissé et le titre a beaucoup reculé», rappelle-t-il.
Le creux de moins de 55$US a été atteint dans la foulée des tarifs du président Donald Trump. Les investisseurs craignaient alors que ces tarifs viennent rogner les marges bénéficiaires de l’entreprise, qui s’approvisionne beaucoup en Asie.
«À ce moment-là, le titre était vraiment déprimé, mais je croyais beaucoup dans le modèle d'affaires de la société. Puis bon, le bilan était encore très solide. Ils ont changé de PDG (en embauchant Winnie Park en décembre 2024) et finalement, les résultats de 2025 ont été très bons, ce qui a fait rebondir le titre», dit François Rochon.
Cinq ans après l’achat du titre, Giverny Capital était en territoire négatif avec cet investissement, mais selon l’investisseur, c’est la qualité du bilan qui a fait toute la différence.

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