Gestionnaires en actionGestionnaires en action

La Réserve fédérale donne une gifle à Donald Trump

View descriptionShare
 

GESTIONNAIRES EN ACTION. Les gouverneurs de la Réserve fédérale américaine ont voté à l'unanimité, le 16 septembre, en faveur d'un relèvement d'un quart de point du taux directeur, pour le porter entre 3,75 et 4 %.

Julie Hurtubise, conseillère en placement principale à Gestion de patrimoine TD, soutient que les dirigeants de la Fed avaient plusieurs raisons d’agir.

«D'abord, l'économie américaine demeure solide. Les dernières données sur l'emploi ont été meilleures que prévu. De façon générale, l'économie continue de bien résister. Ça a permis à la Fed de resserrer sa politique monétaire, puisque l'inflation demeure trop élevée. Les données des derniers mois n'ont pas vraiment démontré de signe d'amélioration», dit-elle.

La Fed prévoit à présent une inflation à 3,7% à la fin de 2026, encore loin de sa cible de 2%.

«Il faut aussi ajouter toute l'incertitude géopolitique à ça. La guerre en Iran se poursuit et continue de faire monter le prix du baril de pétrole, ce qui vient évidemment ajouter aux pressions inflationnistes», résume-t-elle.

 

Une gifle à Donald Trump?

Cette décision des gouverneurs de la Réserve fédérale américaine peut-elle être perçue comme une gifle au visage du président américain Donald Trump, qui aurait préféré, lui, que la banque centrale américaine baisse son taux directeur?

«Effectivement, je pense que Donald Trump aurait clairement préféré voir la Fed baisser les taux. Puis on sait que Kevin Warsh (le président de la banque centrale) a été nommé par le président. Il se retrouvait donc dans une position particulière», explique Julie Hurtubise.

Selon elle, la décision montre que la Fed a choisi de passer un message au président selon lequel elle restait indépendante (du pouvoir politique).

De plus, les marchés anticipent une autre hausse de taux d’ici la fin de l’année, ce qui risque de soulever encore plus l’ire du président américain à l’approche des élections de mi-mandat.

«Tout va dépendre de l'évolution de l'inflation et de l'économie», explique la conseillère.

Une politique monétaire influencée par l’intelligence artificielle

Cette dernière ajoute qu’un autre élément important sera à surveiller : celui de l'ampleur des investissements liés au déploiement de l’intelligence artificielle. «Les investissements massifs dans les centres de données, les infrastructures et les équipements soutiennent les activités économiques, puis créent une forte demande de capitaux, ce qui pourrait inciter la Fed à garder les taux plus élevés plus longtemps», dit-elle.

 

Le marché obligataire réagit

Julie Hurtubise rappelle qu’à court terme, une hausse des taux fait baisser les prix des obligations déjà en circulation. «C’est simple, de nouvelles obligations arrivent sur le marché avec des rendements plus intéressants. Celles qui existent déjà et offrent un taux moins intéressant voient donc leur prix baisser», raconte-t-elle.

Le taux des obligations du gouvernement américain à échéance de deux ans sont, à son avis, particulièrement à surveiller, puisqu’elles sont sensibles aux anticipations des décisions de la Fed. «Autrement dit, ce n'est pas la Fed qui fixe le taux, c'est le marché», juge-t-elle.

À plus long terme, elle soutient que c'est surtout l'évolution de l'inflation, puis l'économie qu'il faudra surveiller. Si les hausses des taux réussissent à ralentir l'inflation, la Fed pourrait éventuellement stabiliser les taux et les réduire.

«Toutefois,  même si la Fed commence éventuellement à réduire son taux directeur, les taux des obligations à échéance de 10 et 30 ans pourraient demeurer plus élevés. Pourquoi? Parce que le gouvernement américain doit financer et refinancer une dette importante, ce qui oblige le Trésor à émettre beaucoup d'obligations», dit-elle.

 

La Banque du Canada devra-t-elle suivre?

De son côté, la Banque du Canada vient de garder son taux directeur stable à 2,25% le 2 septembre.

Julie Hurtubise affirme que la banque centrale canadienne n’est absolument pas obligée de suivre la Fed dans le resserrement de la politique monétaire du pays.

«L'économie canadienne n'est pas aussi vigoureuse que celle des États-Unis. Elle est un peu au ralenti, ce qui limite les pressions inflationnistes. L'inflation est actuellement de 3%, mais elle se situe à 2,3% lorsqu'on exclut l'énergie du calcul. La Banque du Canada peut donc suivre sa propre trajectoire et garder son taux directeur stable, même si la Fed continue de relever le sien», affirme-t-elle.

Les économistes de la Banque TD prévoient ainsi que la Banque du Canada ne touchera pas à son taux directeur d'ici la fin de... 2027.

  • Facebook
  • X (Twitter)
  • WhatsApp
  • Email
  • Download

Gestionnaires en action

Le balado Gestionnaires en action traite de l'actualité boursière avec différents gestionnaires de p 
Follow podcast
Recent clips
Browse 312 clip(s)