Le fascisme, ça ne sort pas d’un chapeau de magicien : « c’est un glissement tranquille. » Entretien avec l’auteur et chercheur Jonathan Durand Folco
Dans son essai, Le fascisme tranquille, Jonathan Durand Folco propose une réflexion ambitieuse et dérangeante sur l’état de nos démocraties. Il explique pourquoi le mot « fascisme » doit être manié avec prudence, mais ne doit pas non plus être évacué du débat public. « Le mot en F est utilisé à toutes les sauces », reconnaît-il, mais certaines dynamiques contemporaines - peur, insécurité, défiance envers les institutions - créent, selon lui, un terrain propice à un glissement plus insidieux vers l’autoritarisme.
Loin d’annoncer un basculement brutal, Durand-Folco parle plutôt d’un phénomène diffus, presque imperceptible. « Le fascisme n’est pas seulement un régime politique : c’est aussi une attitude, une manière de voir l’autre et la société », explique-t-il. Ce qu’il appelle le « fascisme tranquille », c’est précisément ce processus graduel par lequel certaines idées, certains réflexes autoritaires ou identitaires s’installent peu à peu dans l’espace public. « C’est quelque chose qui s’installe progressivement, parfois à notre insu, dans nos têtes, dans nos interactions sociales. »
Mais l’essai est aussi un appel à repenser la démocratie elle-même. Pour l’auteur, les démocraties libérales actuelles restent fragiles parce qu’elles reposent largement sur la délégation du pouvoir. « La démocratie, ce n’est pas seulement voter tous les quatre ans », rappelle-t-il. « Une démocratie forte serait une société où les citoyens participent réellement aux décisions qui les concernent. » Entre montée de l’autoritarisme, crises économiques et défiance politique, la question demeure : nos démocraties sont-elles encore capables de se réinventer avant qu’il ne soit trop tard ?
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